Comment minimiser les dégâts de la crise économique qui arrive ?

La science économique présente plusieurs points faibles qui aggravent la crise climatique. Depuis les années 1970, les courants néo-classique et néo-libéral ont pris le dessus sur l’économie keynésienne. Le courant néo-libéral a entrainé une baisse des niveaux de fiscalité, une concurrence fiscale entre Etats, une hausse des inégalités incompatible avec la résolution de la crise climatique. Le courant néo-classique a tendance à considérer que la croissance du PIB pourra se poursuivre grâce notamment à la décarbonation et à sous-estimer les impacts du réchauffement climatique sur le bien-être humain. Cet article explique les raisons pour lesquelles le système financier risque de s’effondrer à cause du dérèglement climatique notamment et les grandes lignes de la politique économique qu’il faudrait mettre en place pour minimiser les dégâts.

La transition énergétique nécessite des investissements importants qu’il faut déclencher

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime que les investissements nécessaires limiter le réchauffement à 2 °C sont de l’ordre de 4,5% du PIB mondial actuel alors qu’ils s’élèvent actuellement à 2%. D’autres évaluations évoquent des montants de 9 à 10% du PIB mondial nécessaires par an jusqu’en 2050 (Pierre-Franck Chevet, 2025, Global Institute de McKinsey, 2023).

Selon Vaclav Smil (2024), personne ne peut offrir une estimation fiable du coût éventuel d’une transition énergétique mondiale et que le fardeau réel serait bien plus lourd pour les pays avancés car les pays à faible revenu ne pourront supporter un tel détournement de leurs ressources limitées et car il existe d’énormes dépassements de coûts. Comme le montre l’étude la plus complète au monde sur les dépassements de coûts (plus de 16 000 projets dans 16 pays et dans 20 catégories, des aéroports aux centrales nucléaires), 91,5 % des projets d’une valeur supérieure à 1 milliard de dollars ont dépassé l’estimation initiale, le dépassement moyen étant de 62 % (Flyvbjerg et Gardner, 2023). Pour ces raisons, Vaclav Smil estime que les économies avancées devraient consacrer 20 à 25 % de leur PIB annuel à la transition.

Une transformation profonde de l’économie est nécessaire

Faire rentrer le système économique dans les limites planétaires nécessite à la fois d’investir et de rendre l’économie sobre en énergie. Il va falloir investir massivement dans les secteurs de la transition énergétique : les énergies renouvelables, l’efficacité et rénovation énergétique des bâtiments, l’industrie décarbonée, l’économie circulaire, le mobilité bas carbone l’agriculture durable… Au cours de cette période nous allons devoir désinvestir de façon massive dans de nombreux secteurs : les énergies fossiles, les transports très carbonés, la fast fashion, l’électronique jetable… Il va falloir développer une économie de service qui soit économe en flux physiques tout en réindustrialisant une partie de la production au plus proche des lieux de consommation.

Faire rentrer l’économie dans les limites planétaires et la rendre neutre en carbone il nécessite d’activer à la fois la hausse du découplage et la modération de la croissance en désinvestissant dans les secteurs carbonés (ce qui aura un impact négatif sur le PIB). C’est la décarbonation de l’économie qui va permettre de stabiliser le système dans la post-croissance et non l’inverse.

Si ces investissements et ces changements ne sont pas réalisés rapidement le système va s’écrouler

Il n’est pas évident d’estimer exactement l’étendue des dégâts générés lors de prochaines années par le réchauffement climatique et la dégradation de l’environnement. Des études récentes sur le sujet suggèrent que les dégâts seront catastrophiques et aggravés par l’inaction et l’incompétence actuelle des gouvernements (élus ou non par des électeurs mal informés).

Selon une étude menée par Gaya Herrington, lorsqu’elle était responsable de la durabilité et de l’analyse des systèmes dynamiques au sein du cabinet comptable KPMG, et publiée en 2021 dans le Yale Journal of Industrial Ecology, les résultats des auteurs du livre « The limits to growth » vivement critiqués à l’époque, s’avèrent en fait très proches de la réalité. Gaya Herrington et son équipe estiment que les scénarios prospectifs les plus probables sont ceux appelés « BAU2 » (business-as-usual) et « CT » (comprehensive technology). Les scénarios BAU2 et CT conduisent à un arrêt de la croissance aux alentours de 2040. Les deux scénarios indiquent donc que le maintien du statu quo, c’est-à-dire la poursuite d’une croissance économique continue, n’est pas possible. Même associé à un développement et à une adoption technologique sans précédent, le business as usual tel que modélisé conduirait inévitablement à un déclin du capital industriel, de la production agricole et des niveaux de bien-être au cours de ce siècle. Dans le scénario BAU2 du modèle de Gaya Herrington, la production industrielle baisse de 85 % entre 2040 et 2100 et la population mondiale s’écroule elle aussi. Dans le scénario CT la production industrielle baisse de 40 % entre 2040 et 2100 et la population mondiale diminue légèrement.

Les dommages générés par la hausse des températures et la dégradation de l’environnement (perte de la biodiversité, épuisement des ressources naturelles, incendies, montée des eaux…) risquent de détruire la valeur de certains actifs jusqu’à l’atteinte d’un moment Minsky[1]. Des entreprises vont voir la valeur de leurs actifs exposés au risque climatique fortement diminuer voire devenir nulle ce qui a le potentiel d’entrainer des faillites en cascades. Dans le cadre d’une étude publiée en 2022 dans la revue scientifique PNAS, plusieurs auteurs (Luke Kemp, Chi Xu, Joanna Depledge, Kristie L. Ebi, Goodwin Gibbins, Timothy A. Kohler, Johan Rockström, Marten Scheffer, Hans Joachim Schellnhuber, Will Steffen, & Timothy M. Lenton) rattachés notamment à l’université de Cambridge et au MIT, estiment que le changement climatique peut aller jusqu’à générer l’effondrement de la société voire même l’extinction de l’humanité et que la plupart des études n’examinent pas ces sujets de façon sérieuse.

L’économie mondiale pourrait subir une perte de 50 % du PIB entre 2070 et 2090 en raison des chocs catastrophiques générés par le changement climatique, à moins que les dirigeants politiques ne prennent immédiatement des mesures pour décarboniser et restaurer la nature, selon une étude de l’Institut et de la Faculté des actuaires (2025). Avec un réchauffement de 3 °C ou plus d’ici 2050, plusieurs points de basculement climatique seraient déclenchés par une cascade de basculement. La perte de PIB serait d’au moins 50% et il y aurait au moins 4 milliards de morts. Avec un réchauffement climatique de 2 °C ou plus d’ici 2050, la perte de PIB serait d’au moins 25% et il y aurait au moins 2 milliards de morts. Avec un réchauffement climatique limité à 2 °C d’ici 2050, la perte de PIB serait d’au moins 10 % et il y aurait au moins 800 millions de morts. Une autre étude récente d’Adrien Bilal et Diego R. Kanzig (2024) évalue les dommages générés par une hausse de température de 3°C par rapport à la période préindustrielle à 46% du PIB.

D’après une étude de la BCE (2025), le réchauffement climatique pourrait déjà réduire de 5 % le PIB de la zone euro au cours des cinq prochaines années. Au cours des deux premières décennies de ce siècle, le changement climatique et la pollution de l’air sont estimés avoir causé 5 à 6 millions de décès supplémentaires chaque année (Fuller et al., 2022). Selon une étude publiée dans le journal the Lancet en octobre 2025, le changement climatique occasionnerait déjà des centaines de milliers de décès chaque année dus à la chaleur, à la pollution et aux incendies de forêt. Le rapport chiffre certaines des conséquences les plus meurtrières : entre 2012 et 2021, 546 000 personnes sont mortes chaque année à cause de l’exposition à la chaleur, ce qui représente une augmentation considérable par rapport aux chiffres des années 1990, et les fumées toxiques des incendies de forêt ont tué un nombre record de 154 000 personnes en 2024.

Un article publié en 2025 par le Financial Times met en exergue les raisons pour lesquelles le réchauffement climatique risque de déclencher une crise financière en engendrant des mécanismes financiers similaires à ceux qui se sont produits pendant la crise de surprimes. Dans le scénario central ayant émergé des discussions qu’a eues la chroniqueuse au Financial Times, Pilita Clark, avec plus de 20 investisseurs, analystes financiers, experts en réglementation, dirigeants d’assurance, scientifiques et chercheurs, les propriétaires de maisons feront face à des primes d’assurance qui vont monter en flèche ou à l’incapacité de renouveler leur couverture alors que les assureurs seront confrontés à une série d’incendies, de tempêtes et d’ouragans et obligés de se retirer de certains Etats. Les gouvernements à court d’argent essaieront de combler les lacunes des régimes d’assurance en dernier recours. Mais ces plans coûtent généralement plus cher et couvrent moins Les propriétaires verront la valeur de leur bien diminuer.

La contagion se propagera car il est nécessaire d’avoir une assurance pour obtenir un prêt hypothécaire, alors que la couverture immobilière s’estompera, il en va de même pour la présence des banques. Les bouleversements climatiques s’intensifieront dans l’ensemble des pays, déstabilisant les assureurs, les banques et les marchés immobiliers. Les défauts de paiement hypothécaires commenceront à augmenter, ainsi que les saisies et les défaillances de cartes de crédit. Contrairement à d’autres catastrophes financières, la cause sous-jacente de celle-ci n’est pas financière, elle est physique, il n’est ainsi pas possible de savoir si cela se finira un jour. Cahen-Fourot et al. (2021) soulignent que les banques sont fortement exposées aux « cascades de capital immobilisé ».

Il existe actuellement plusieurs risques pouvant s’autoalimenter et déclencher une prochaine crise financière : la bulle de l’IA ; la dette privée qui augmente fortement ; les crypto-monnaies ; la déréglementation et la dégradation de l’environnement. Aux Etats-Unis notamment l’utilisation du réseau électrique par l’IA et les sous-investissements dans les énergies renouvelables vont contribuer à cela. Le système financier international est dans une lente agonie. Lorsque la croissance du PIB va ralentir et/ou s’arrêter le financement par la dette privé deviendra insoutenable. Etant donné les retards pris et le KO politique actuel nous allons très probablement devoir gérer un effondrement partiel et minimiser les dommages pour éviter un effondrement sociétal et économique total.

Dans ce contexte quelle politique économique faut-il mettre en œuvre ?Pour rendre le système soutenable il faut non seulement investir massivement dans la transition tout en faisant baisser les inégalités au sein et entre les différents pays. Les leviers fiscaux et monétaires peuvent être utilisés pour cela mais ils doivent aussi être associés à des politiques de réglementation.

Une réforme fiscale internationale est nécessaire

La crise climatique qui est un problème mondial ne se résoudra pas sans une réforme du système fiscal et monétaire international. Selon Stiglitz et Stern (2023), il existe de multiples façons de répondre à une pénurie d’épargne, y compris à travers des hausses d’impôts. Si les taux d’intérêt réels devaient augmenter en raison d’une pénurie d’épargne et que la viabilité budgétaire était menacée, un gouvernement pourrait réagir de plusieurs manières. Une augmentation de l’impôt progressif augmenterait les recettes publiques et réduirait le besoin d’emprunt. Répondre au changement climatique en partie par l’imposition d’une taxe sur le carbone (ou la mise aux enchères de permis d’émission) permettrait de dégager des recettes substantielles, au moins au cours des prochaines décennies. Il existe également, selon ces auteurs, d’autres taxes susceptibles d’améliorer simultanément les performances économiques ou la justice sociale : d’autres taxes environnementales, diverses formes de taxes financières, des taxes foncières et des droits de succession. Une meilleure administration fiscale peut entraîner une forte augmentation des recettes fiscales dans l’ensemble des pays. Il en va de même pour les accords internationaux visant à fermer les voies permettant aux riches particuliers et entreprises d’éviter les impôts et de s’y soustraire, y compris les paradis fiscaux et le transfert de bénéfices. La réponse au changement climatique ne nécessite pas d’austérité et de baisse des dépenses publiques.

Au cours et à la sortie de la seconde guerre mondiale, plusieurs pays occidentaux influencés par les idées de John Maynard Keynes ont mis en place un système fiscal beaucoup plus redistributif dans lequel les taux de fiscalité sur les très hauts salaires, sur les revenus du capital, les bénéfices et les plus-values étaient plus élevés que les niveaux actuels[2]. Ce système a permis de faire diminuer les inégalités et à redonner confiance aux gens. Le retour à un système qui s’inspirerait et ressemblerait à ce qui a été fait est défendu par plusieurs économistes comme notamment le prix Nobel Paul Krugman.

Selon Fabre et al. (2024), un ensemble de pays formant une Union soutenable pourraient s’accorder sur plusieurs éléments et notamment sur une fiscalité inspirée de la taxe Zucman permettant de réduire les inégalités et de collecter des fonds et un budget carbone commun. Les recettes collectées permettraient aussi d’alimenter un fonds dont les principes seraient similaires à celui utilisé dans le cadre du plan Marshall mais cette fois-ci afin de réduire les écarts entre les pays les moins avancés et les pays les plus riches membres de la coalition.

Les pays de l’Union s’engageraient à appliquer un barème minimal de prélèvements concernant les émissions de CO2, la fortune individuelle, l’héritage et les transactions financières, ainsi qu’à constituer un registre mondial d’actifs permettant de répertorier les biens détenus par chacun. Grâce au mécanisme extraterritorial de « collecteur d’impôt en dernier ressort » proposé par l’économiste Gabriel Zucman (Zucman, G. (2024). A blueprint for a coordinated minimum effective taxation standard for ultra-high-net-worth individuals), l’Union collecterait l’impôt « manquant » dû à la non-application par des pays hors de l’Union du barème minimal sur les profits des multinationales et sur la fortune individuelle. En l’espèce, l’Union exigerait le paiement de l’impôt « manquant », au prorata des activités de l’entreprise (ou des entreprises contrôlées par l’individu fortuné) qui ont lieu dans l’Union, sous peine de mesures de rétorsion à l’encontre de l’entreprise en question. Ces recettes serviraient à accroître les transferts de l’Union à destination des pays du Sud. Chancel et al. (2025) estiment qu’une taxe carbone sur la richesse, fondée sur le contenu carbone des actifs détenus ou des investissements, serait vraisemblablement nettement plus progressive qu’un prélèvement basé sur la consommation.

Sortir du système de la concurrence fiscale

Des mesures permettant de réduire le recours aux paradis fiscaux et à la concurrence fiscale entre Etats permettraient également de disposer de davantage de marge de manœuvre pour investir dans la transition énergétique et d’éviter l’effondrement du système. Selon Gabriel Zucman (2025), l’évasion fiscale internationale des grandes fortunes dans les paradis fiscaux a joué un rôle considérable dans l’augmentation des inégalités et dans la montée des dettes publiques.

En 2021, 137 pays ont permis une avancée en matière de coordination grâce à un accord qui établit un impôt minimum mondial de 15 % sur le résultat des entreprises réalisant un chiffre d’affaires annuel consolidé d’au moins 750 millions d’euros. Cet accord est entré en vigueur en 2024. Résoudre la crise climatique et éviter un effondrement du système économique et sociétal nécessitera certainement d’aller au-delà de cet accord qui constitue toutefois une avancée. Bien que ce taux minimum constitue une forme embryonnaire d’impôt plancher sur les milliardaires qui évitent l’impôt, il s’agit d’un instrument trop grossier, touchant en même temps les petits comme les gros actionnaires d’après Gabriel Zucman (2025). Le niveau de 15% est trop faible pour pouvoir rétablir l’égalité devant l’impôt selon cet auteur.

Afin de lutter l’usage des prix de transfert (transactions intragroupe) qui permet de faire apparaître les bénéfices, voire le chiffre d’affaires, dans des paradis fiscaux, un système de reporting pays par pays pourrait être mis en place à l’instar de ce que pratiquent certains États des États-Unis. Ce système, souvent appelé « reporting unitaire » ou « déclaration combinée » (Combined Reporting), est une méthode spécifique utilisée par la majorité des États américains pour taxer les entreprises multinationales sur la base de leur activité réelle sur leur territoire, plutôt que sur les bénéfices déclarés par des filiales locales parfois vidées de leur substance. Contrairement au niveau fédéral où chaque filiale peut être vue comme une entité séparée, de nombreux États (comme la Californie, New York ou l’Illinois) obligent les entreprises à déposer une déclaration unique pour l’ensemble du groupe. L’entreprise doit déclarer le profit total réalisé par toutes ses branches liées (maison-mère et filiales) qui font partie d’une même « entreprise unitaire » (Unitary Business). Cela empêche les entreprises de transférer artificiellement des profits vers des États sans impôt (comme le Nevada ou le Wyoming) via des frais de gestion ou des redevances internes, puisque tout est regroupé avant le calcul. Une fois que l’État connaît le bénéfice global du groupe, il doit déterminer quelle part revient légitimement à son territoire pour éviter une double imposition. Pour cela, il utilise une formule de répartition (Apportionment Formula) basée sur le pourcentage du chiffre d’affaires réalisé dans l’État ; le pourcentage des salaires versés aux employés résidant dans l’État ; la valeur des usines, bureaux et stocks situés dans l’État. Gabriel Zucman (2025) explique toutefois, que ce mécanisme est insuffisant pour contrer l’évasion fiscale car les grandes fortunes peuvent notamment racheter des actions sans se verser de dividendes.

Gabriel Zucman propose, dans la Richesse cachée des nations (2017), de créer un registre mondial des actifs financiers (actions, obligations) pour savoir qui possède quoi et d’allouer les bénéfices des entreprises en fonction de l’activité commerciale réelle plutôt que de la domiciliation artificielle dans les paradis fiscaux. Plus récemment, notamment dans son rapport pour le G20 en 2024, Gabriel Zucman propose un standard de taxation minimale pour les ultra-riches ; un impôt minimum annuel de 2 % sur le patrimoine des milliardaires (environ 3 000 personnes dans le monde) permettant de corriger l’injustice où les plus grandes fortunes paient proportionnellement beaucoup moins d’impôts que la classe moyenne. Cet impôt plancher permettrait de contrer les points faibles des autres modalités de taxations évoquées ci-dessus (Gabriel Zucman (2025)).

Certains économistes critiquent la taxe Zucman minimale pour les ultra-riches car ils estiment que cette taxe pourrait nuire aux entrepreneurs en contraignant certains d’entre eux de faire entrer l’État à leur capital ou de vendre leurs parts pour payer l’impôt. Néanmoins, cette taxe peut être tout à fait bénéfique car elle permettrait notamment à l’Etat de mieux investir dans la transition environnementale et de relocaliser l’industrie et la production au plus près des lieux de consommation.

Politique monétaire

La dette peut et doit, cependant être utilisée pour investir. Stiglitz et Stern (2023) estiment que la destruction de l’environnement peut être considérée comme un passif transmis aux générations futures, confrontant les générations actuelles à un choix désagréable entre la dette financière et la dette environnementale. La dette environnementale est beaucoup plus dangereuse que la dette financière. La dette financière qui est transmise aux générations futures correspond à des sommes d’argent que la société se doit à elle-même. Il est possible de faire disparaître la dette financière en la restructurant. La restructuration de la dette n’entraîne pas directement une diminution du capital physique, humain ou naturel, bien qu’elle puisse réduire la capacité des gouvernements à emprunter dans le futur, ce qui nécessiterait d’augmenter les impôts pour financer les dépenses (la restructuration de la dette limiterait ainsi la possibilité de reporter les impôts dans le futur). Le fardeau de la dette le plus important laissé aux générations futures est celui de la détérioration de l’environnement. Il n’est pas possible de se débarrasser de ce fardeau aussi facilement que de celui de la dette financière. Il n’est possible de débarrasser l’atmosphère de ses gaz à effet de serre qu’en engageant des dépenses massives. Bien entendu, lorsque les pays évaluent leur situation budgétaire, ils doivent se prononcer sur la croissance et les taux d’intérêt futurs. Ils doivent viser la viabilité de la dette – les coûts associés aux restructurations de la dette sont souvent élevés et plongent souvent les pays dans une crise. Cependant, il n’est guère judicieux de réduire aujourd’hui les investissements publics dans l’éducation, les infrastructures, la R&D ou l’environnement simplement parce qu’à l’avenir, si les choses tournent mal, la dette pourrait ne pas être soutenable. Actuellement nous avons tendance à trop utiliser la dette pour investir des actifs carbonés et pas assez pour investir dans des technologies bas-carbone.

L’économiste Laurence Scialom plaide pour que la BCE et les banques centrales intègrent de manière plus systématique et significative le facteur climatique dans l’ensemble de ses outils et décisions. Elle plaide pour une politique de verdissement des achats d’actifs visant à mettre en place un programme d’achats d’actifs publics ciblés sur ceux émis pour financer des investissements climat. Les banques centrales doivent considérer le changement climatique comme un risque systémique majeur pour la stabilité financière. Cela implique de repenser les réglementations prudentielles (par exemple, les ratios de capitalisation) qui ne sont pas adaptées aux risques climatiques et pourraient même faire obstacle au financement durable à long terme. Elle plaide en faveur de la mise en œuvre d’une politique macroprudentielle qui utilise des instruments pour maîtriser les risques financiers climatiques et inciter au désinvestissement des secteurs « bruns » tout en favorisant les investissements « verts ».

Alors que la réglementation financière reste imprégnée d’une conception des marchés financiers comme étant à la fois capables de s’autoréguler et d’allouer les fonds de manière optimale, des chercheurs s’accordent de plus en plus à dire qu’un tel dogme s’avère particulièrement inadéquat lorsqu’il s’agit de lutter contre le changement climatique (Campiglio et al., 2018 ; Chenet et al., 2021). En particulier, le concept désormais largement accepté de « double matérialité » (Autorité bancaire européenne, 2021) souligne que le paradigme actuel de la réglementation bancaire sous-estime les risques auxquels les banques sont confrontées en raison du changement climatique (Smoleńska et Van ‘T Klooster, 2022) et ne parvient pas à inciter les banques à cesser de financer les secteurs économiques à fortes émissions.

Selon Scialom et al. (2024), la réglementation bancaire a le potentiel de briser le cercle vicieux entre climat et finance. Pour atteindre cet objectif, les régulateurs sont toutefois confrontés à un double défi. Premièrement, la réglementation doit permettre aux banques de faire face aux risques qui finiront par se concrétiser en raison du changement climatique. Deuxièmement, les réglementations devraient empêcher les banques de financer les activités qui contribuent le plus au changement climatique.

Fixer des objectifs basés sur des indicateurs qui vont au-delà du PIB

Il convient de piloter l’économie avec des indicateurs alternatifs au PIB comme le suggèrent les membres de la commission Stiglitz-Sen-Fitoussi (2008) pour qui la poursuite de la croissance du PIB comme objectif principal de nos sociétés est loin d’être un objectif idéal.

Kate Raworth (2017) propose quant à elle de concevoir le système économique selon un Donut au sein duquel l’humanité devrait prospérer. En deçà du fondement social du Donut se trouvent les pénuries en matière de bien-être humain, qu’affrontent ceux auxquels manquent les choses essentielles comme la nourriture, l’éducation et le logement. Au-delà du plafond écologique se trouve un excès de pression sur les systèmes sources de vie, par le biais du changement climatique de l’acidification des océans et de la pollution chimique par exemple. Mais entre ces deux ensembles de limites se situe un endroit agréable (qui a clairement la forme d’un Donut), un espace à la fois écologiquement sûr et socialement juste pour l’humanité. L’anneau du Donut, son fondement social, définit les nécessités de la vie dont toute personne ne devrait manquer. Ces douze bases incluent : une alimentation suffisante ; une eau potable et des conditions sanitaires décentes ; l’accès à l’énergie et à un équipement de cuisine propre ; un logement correct ; l’accès à l’éducation et aux soins de santé ; un revenu minimum et un travail digne de ce nom ; l’accès aux réseaux d’information et de soutien local.

Un pays qui verrait l’indice de Gini et ses émissions de gaz à effet de serre diminuer serait sur la bonne trajectoire. Comme le montrent les travaux de Peter Turshin et comme l’explique très bien l’économiste, Gary Stevenson la hausse des inégalités déstabilise politiquement et économiquement les pays. Au-delà de la rentabilité, les politiques publiques doivent s’efforcer de regarder et promouvoir la soutenabilité du système économique et politique.

Un meilleur équilibre entre Etat, secteur privé et communs

Lorsque l’économie était keynésienne la part de la propriété publique (les actifs nets de dettes de l’Etat) était plus élevée qu’elle ne l’est aujourd’hui. Les travaux de Thomas Piketty montrent que cette part est passée de d’environ 28% en Allemagne en 1978 à environ 2% en 2020. En France, cette part est passée de 15% en 1978 à – 2% en 2020. Au Royaume-Uni elle est passée de 25% à -9% au cours de cette même période et aux États-Unis, elle est passée de 13% à -7%. Revenir sur cette dynamique conférerait aux Etats occidentaux des recettes fiscales dont ils auraient grand besoin actuellement. Le secteur privé livré à lui-même est incapable de résoudre la crise climatique. A l’inverse les modèles ayant mis en place une étatisation complète des actifs (comme l’URSS ou la Chine maoïste) ont soulevé de nombreuses inefficacités.

La part de la propriété publique (actifs publics nets de dettes, toutes collectivités publiques et tous actifs confondus : entreprises, immeubles, terres, participations et actifs financiers, etc.) dans la propriété totale (c’est-à-dire la somme de la propriété publique et privée) était d’environ 70% en Chine en 1978, et elle s’est stabilisée autour de 30% depuis le milieu des années 2000. En ayant vendus et libéralisés ses actifs l’Etat s’est privé de recettes fiscales importantes dont il aurait grand besoin aujourd’hui pour investir. Ce mouvement a par ailleurs occasionné d’importants déséquilibres macroéconomiques. Se réapproprier une part du capital public permettrait à l’Etat de mieux investir dans l’économie et de relocaliser l’industrie au plus proche de la production.

Minsky souligne l’importance des institutions financières et de la politique monétaire. Il critique la déréglementation financière et insiste sur le rôle stabilisateur que peuvent jouer l’État et la banque centrale comme « prêteur en dernier ressort ». Il préconise une régulation financière stricte, des politiques fiscales contracycliques et un système de plein emploi garanti par l’État pour stabiliser l’économie. Son analyse a gagné en reconnaissance après la crise de 2008, validant ses prédictions sur les dangers de la financiarisation excessive. Minsky insiste sur le fait que la stabilité financière n’est pas un état naturel mais le résultat d’une intervention délibérée et continue des pouvoirs publics. Il faut « stabiliser une économie instable » par une régulation prudente et des politiques macroéconomiques actives.

Les milieux d’affaires à force de vouloir trop privatiser les marchés, faire reculer le rôle de l’Etat ou croitre trop fortement certains secteurs de l’économie (le secteur pétrolier et gazier ou l’aviation par exemple) courent à leurs propres pertes. Si certains investisseurs ou hommes d’affaires ont très bien compris ceci ce n’est pas le cas de bons nombres d’ente eux qui sont en train de créer les conditions parfaites pour un effondrement du système financier à terme, de la valeur des actifs et du PIB mondial.

C’est lorsque les ménages, les communs, le marché et l’État, qui sont les 4 principaux domaines de l’économie, agissent ensemble qu’ils fonctionnent le mieux d’après Kate Raworth (2017). Si le marché est puissant, lorsqu’il évolue sans contraintes, il dégrade le monde vivant en surexploitant les ressources de la Terre et en la surchargeant de déchets. Sa dynamique inhérente tend à creuser les inégalités sociales et à générer une instabilité économique. Il faut donc l’intégrer judicieusement selon Kate Raworth. Kate Raworth, et d’autres analystes estiment que la finance doit être au service de la société et qu’il est nécessaire de fixer davantage d’objectifs aux entreprises que celui de la simple valorisation de la valeur pour les actionnaires. Les entreprises ont un rôle important à jouer dans la transition vers une économie soutenable.

Si Garrett Hardin décrivait les communs comme tragiques ce qui s’accordait parfaitement avec le scénario néolibéral, c’est parce que selon lui le libre accès entraînait inévitablement l’abus et l’épuisement des pâturages, des forêts et des zones de pêche. Elinor Ostrom, a toutefois démontré que les communs gérés avec succès n’étaient pas intrinsèquement laissés en libre accès. Au contraire, ces communs à succès sont gouvernés par des communautés clairement définies avec des règles acceptées collectivement et des sanctions punitives pour ceux qui les violaient et sont loin d’être tragiques.

Les économistes ultra-libéraux comme Milton Friedman estiment, contrairement à Keynes et Minsky que le rôle de l’Etat dans l’économie doit être le plus faible possible. La crise des subprimes et celle de la Covid-19 donnent raison à Keynes qui défendait la nécessité pour l’Etat d’intervenir dans l’économie sans se limiter pour cela pas à un Etat gendarme. Il en est de même pour la crise écologique dans laquelle nous sommes. Le rôle de l’Etat est crucial pour accélérer la transition vers un modèle économique soutenable. Comme le souligne Kate Raworth, celui-ci peut, par bien des manières, encourager activement une alternative régénérative, notamment en structurant la fiscalité et les réglementations, en intervenant comme investisseur transformatif et en favorisant le dynamisme des communs.

Selon Julia Steinberger (2024), la crise climatique nous est apportée par des systèmes économiques très inégaux et non démocratiques. L’histoire récente de ces systèmes économiques, dans les Amériques et en Eurasie, est dominée par l’ascendance de l’idéologie néolibérale. L’idéologie néolibérale est antidémocratique à la base. Son objectif est de donner le libre arbitre sur nos sociétés aux entreprises, pas aux citoyens. L’industrie des combustibles fossiles est depuis longtemps un promoteur, ainsi qu’un bénéficiaire, de la prise de contrôle néolibérale de nos sociétés.

Le krach financier de 1929, au cours duquel des millions de personnes ont perdu leurs économies, n’est que le pire des tourbillons financiers que l’économie ait connus. Vingt-deux ans auparavant, il y avait eu la panique de 1907, qui avait conduit à la création de la Réserve fédérale, mais même celle-ci n’avait pas pu sauver le système bancaire et l’économie ; une aide gouvernementale plus large était nécessaire, ce que le président Franklin Roosevelt a fait avec le New Deal (Stiglitz, 2024). L’économiste John Maynard Keynes ne s’est pas contenté d’expliquer ce qui n’allait pas dans la Grande Dépression, il a également proposé des solutions pour y remédier. Sa recommandation prévoyait un rôle important pour le gouvernement. Les entreprises privées étaient dominantes, mais le gouvernement jouait un rôle vital en garantissant la concurrence, en empêchant l’exploitation et en stabilisant la macroéconomie. Dans le système en vigueur en Europe occidentale et aux États-Unis, les marchés et la production privée de biens et de services restaient au centre, le gouvernement apportant également sa contribution par le biais de l’éducation, de la recherche, des infrastructures, de l’aide aux plus démunis, de l’assurance retraite et de la réglementation des marchés financiers et autres. Ce modèle économique a connu un énorme succès. A cette époque, des personnalités comme Franklin Roosevelt et John Maynard Keynes ont indiqué qu’ils allaient vaincre le fascisme et ils se sont donné les moyens de le faire en mettant en œuvre des politiques adéquates.

Une coopération accrue entre les agents économiques

Au-delà de la concurrence, le développement de la coopération entre les acteurs publics et privés mais aussi entre les différents Etats est nécessaire. Dans cette perspective, Eloi Laurent (2021) plaide pour une économie qui délaisse les dimensions superficielles (croissance, compétitivité) pour revenir aux ressorts profonds de l’activité économique : la coopération pour le bien-être humain et la justice sociale. Cet auteur propose de restaurer la puissance coopérative du système fiscal et social.

La résolution de la crise climatique passe par une sortie des systèmes de prédation qui sont actuellement à l’œuvre de la part des régimes autoritaires, des entreprises qui détruisent l’environnement, de la corruption etc. Si nous arrivons à la résoudre le monde sera un endroit meilleur. Une meilleure coopération entre Etats nécessite d’importants progrès géopolitiques et démocratiques auxquels il faut œuvrer. Les énergies fossiles engendreront des guerres et un cercle vicieux alors que les renouvelables permettront de développer la paix.

Une meilleure coopération entre Etats nécessite d’importants progrès géopolitiques et démocratiques auxquels il faut œuvrer. Les énergies fossiles engendreront des guerres et un cercle vicieux alors que les renouvelables permettront de développer la paix. Dominic Rohner, Michael Lehning, Julia Steinberger, Nicolas Tetreault et Evelina Trutnevyte (2023) mettent en évidence les mécanismes par lesquels les combustibles fossiles menacent la durabilité et la paix, et décrivent ensuite en détail comment la transition vers l’énergie verte peut concrètement être réalisée, en insistant sur les deux facteurs clés que sont la réduction de la demande d’énergie et la stimulation de l’offre d’énergie verte. Plusieurs politiques prometteuses en matière d’énergie verte peuvent être mises en œuvre à l’échelle locale et décentralisée, ce qui permet d’éviter la concentration fatale des rentes de ressources et du pouvoir politique qui a conduit le pétrole et le gaz à vider la démocratie de sa substance, à alimenter la corruption et à déclencher des guerres civiles et interétatiques.

Dans un monde où la coopération mondiale est nécessaire de toute urgence pour résoudre des problèmes existentiels, comme le changement climatique, nous devons réécrire les accords internationaux de manière à ce qu’ils soient beaucoup plus équilibrés qu’ils ne l’ont été par le passé (Stiglitz, 2024). Des progrès démocratiques sont indispensables afin que les grandes puissances collaborent et alignent leurs efforts vers l’atteinte d’un monde décarboné dans quelques années même si cela semble difficile il faut vraiment œuvrer à ces changements.

Concluions : Les réformes conduisant à un système beaucoup plus équilibré et vertueux sont indispensables alors que nous avons déjà dépassé 7 des 9 limites planétaires et que nous ne pouvons plus aller au-delà

Vaclav Smil (2019) estime que la croissance une chose formidable jusqu’à ce qu’elle ne le soit plus. Dans tous les systèmes naturels de la planète, il arrive un moment où la croissance atteint un sommet triomphal. Ensuite, une croissance accrue commence à faire plus de mal que de bien.  Plusieurs modèles économiques permettent de montrer qu’il est possible en théorie de stabiliser le système dans une économie sans croissance même si cela soulève plusieurs difficultés (Berg et al., 2015, Jackson & Victor, 2015, Rosenbaum, 2015, Cahen-Fourot & Lavoie, 2016, Barrett, 2018, Fontana & Sawyer, 2022). Pour y arriver il est nécessaire de mener d’importantes transformations. L’arrêt de la croissance soulève des défis majeurs en termes de finances publiques notamment. Il est possible d’avoir des finances publiques qui restent stables et une dette publique qui ne s’envole pas dans une situation de croissance du PIB égale à zéro, mais il faut que la somme du déficit public et du taux d’intérêt soit inférieure au taux d’inflation (il faut donc que l’inflation soit un peu élevée soit que le déficit public soit très faible ou nul et que les taux d’intérêt soient très faibles).

Andrew Jackson et Tim Jackson (2025) soutiennent que la transition d’une économie en croissance vers une économie en situation de post-croissance pourrait entraîner un choix difficile entre la contraction fiscale et l’augmentation de la dette publique. Ces auteurs concluent que la stabilisation de la dette sera difficile, mais qu’une approche plus flexible de la politique monétaire et budgétaire offrira aux décideurs de meilleures opportunités pour atteindre leurs objectifs économiques, sociaux et environnementaux.

Nous ne savons pas exactement quel est le delta de la croissance dont l’humanité dispose avant que le système ne se stabilise et/ou s’effondre. Si la croissance s’arrête, il devient très difficile d’utiliser le déficit public comme levier d’investissement c’est pourquoi une réforme fiscale doit associée à une politique monétaire adéquat et à un Etat qui doit assumer son rôle de régulateur et mieux organiser l’économie. Ces réformes doivent permettre de mettre en place un système économique plus équilibré qui s’inspirerait du système keynésien conduisant à une redistribution équitable de richesses au niveau mondial. Des politiques importantes de sobriété et d’efficacité énergétique doivent en parallèle être mises en œuvre. La construction d’un tel système permettrait d’amoindrir l’impact de la prochaine crise financière qui semble difficilement évitable.

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[1] Lorsqu’il n’y a plus de croissance ou que la valeur des actifs se réduit fortement, les dettes des investisseurs finissent par les étrangler devenant supérieures à la valeur des actifs. Les investisseurs réduisent alors leurs investissements et sont contraints de vendre leurs actifs financiers pour rembourser leurs dettes. La revente des actifs provoque alors un retournement des marchés financiers et une crise financière. Source : Minsky H. (1986). Stabilizing an unstable economy.

[2] Les Etats-Unis ont historiquement appliqué des taux marginaux d’impôts sur le revenu allant jusqu’à 90% pour les revenus marginaux les plus élevés, entre les années 1930 et 1970, avant le tournant néolibéral de Reagan. Le taux d’impôt sur les sociétés était légèrement supérieur à 50% entre 1950 et 1970.