Stagflation, croissance verte, effondrement, prospérité sans croissance ou décroissance, où allons-nous ?

Cet article examine la situation de l’économie au regard de la dégradation de l’environnement et du réchauffement climatique. La première section de l’article montre que la croissance du PIB est de plus en plus faible, dans les économies avancées notamment, et souligne que ces dernières années la taille de la finance a fortement augmenté. La deuxième section indique que la situation actuelle de l’économie qui est inquiétante est sans doute un léger avant-goût de ce qui nous attend dans les prochaines années. La troisième section précise que l’impact de la crise environnementale sur l’économie sera certainement nettement plus important que ce que la plupart des études macro-économiques réalisées ces dernières et notamment les modèles d’évaluation intégrés (tels que le modèle DICE de William Nordhaus) estimaient. La quatrième section conclut en précisant que la décroissance organisée tout comme la croissance verte semblent être des scénarios peu probables. L’effondrement sociétal et économique est un chemin vers lequel l’humanité risque de se diriger. Une crise financière importante générée par le réchauffement climatique et la dégradation de l’environnement sera difficilement évitable dans les prochaines années. Pour éviter que nos sociétés ne s’effondrent (totalement) il semble préférable d’essayer de stabiliser notre système économique en le rendant solvable.

Alors que la croissance du PIB est de plus en plus faible, la taille de la finance augmente fortement

En 2019, la nouvelle directrice du FMI, Kristalina Georgieva, prévenait que nous assistions à un ralentissement synchronisé de la croissance mondiale du PIB[1] . Il s’avère en effet que, la croissance du PIB est de plus en plus faible, décennies après décennies, dans les pays développés. Tim Jackson (2021) précise que les taux de croissance de 5 % qui caractérisaient l’économie américaine jusqu’en 1968 sont désormais révolus depuis longtemps. À l’horizon 2020, même avant la pandémie, le taux de croissance moyen du PIB des pays de l’OCDE était d’à peine 2 %. Si l’on mesure le taux de croissance moyen par personne (qui correspond à ce que les économistes appellent le niveau de vie) sur ces périodes le déclin est encore plus flagrant. Le graphique ci-dessous met en exergue la baisse de la croissance annuelle moyenne du PIB par habitant dans plusieurs économies avancées. En Italie, la croissance annuelle moyenne du PIB par habitant est même négative depuis deux décennies.

Si l’on mesure la productivité du travail, c’est-à-dire la production moyenne générée par heure travaillée dans l’économie, la situation semble encore plus grave selon Tim Jackson. Au Royaume-Uni, après avoir atteint un pic d’environ 4 % en 1968, la croissance tendancielle de la productivité du travail était déjà tombée à moins de 1 % avant la crise financière de 2008. Dans les années qui ont précédé la crise de coronavirus, la croissance de la productivité du travail a été pratiquement nulle.

Pour essayer de soutenir la croissance les gouvernements et les banques centrales ont mené ces dernières années des politiques visant à inonder les marchés financiers de liquidités. La taille de la finance a augmenté beaucoup plus fortement que le PIB[2]. La masse monétaire mondiale[3] est passée de 63,8 % du PIB mondial en 1980 à 99,2 % en 2000 et 143,5 % en 2020 selon les données de la Banque Mondiale. Depuis les années 2000, tous ces efforts, n’ont permis d’aboutir à une croissance, en définitive, très faible dans les économies avancées. Par ailleurs, ces injections de liquidités ont été réalisées sans que les pouvoirs publics ne se soucient de la nature des actifs dans lequel les acteurs de l’économie ont investi ces dernières années (sans regarder de près si les actifs étaient bruns ou verts) ce qui risque de poser un problème majeur de soutenabilité comme on le verra dans la suite de l’article, étant donné notamment, qu’il existe un déficit important d’investissements en faveur du climat.

La situation actuelle est sans doute un petit avant-goût de ce qui nous attend lors des prochaines années.

Le début du 21ième siècle s’est caractérisé par la survenance de deux crises économiques majeures : la crise économique et financière des prêts subprimes, d’une part, et la crise sanitaire et économique générée par la pandémie de Covid-19, d’autre part.

Lors de la crise des subprimes de 2007-2008, les mécanismes de financement développés par l’industrie financière et la volonté de développer les marchés sans se soucier de la solvabilité ont conduit à un effondrement des marchés et à une récession mondiale. La crise des subprimes a été générée par une bulle du marché de l’immobilier et des prêts subprimes aux États-Unis amplifiée par le pouvoir de financement des marchés. Certaines études montrent que les crises économiques ont tendance à faire diminuer la croissance potentielle. On voit donc que certaines politiques visant à accroître la croissance (le développement des marchés financiers à travers les prêts subprimes aux États-Unis par exemple) ont eu pour conséquence finalement de faire diminuer la croissance. Nous verrons dans la suite de l’article que cet effet non désiré est sans doute encore plus important avec la crise climatique et écologique.

Les explications données par Hyman Minsky, John Maynard Keynes ou Nouriel Roubini des précédentes crises offrent une clé de lecture très pertinente pour analyser la crise climatique et ses conséquences.

Keynes et Minsky avaient avancé un argument puissant selon lequel le capitalisme était par nature instable et susceptible de s’effondrer. Selon Minsky (1985), l’instabilité est un défaut inhérent et inéluctable du capitalisme financier.  Dans le chapitre 12 de la Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, Keynes, donne plusieurs raisons, selon lesquelles, les décisions d’investissement lorsqu’elles sont prises dans des conditions d’incertitude peuvent engendrer de l’instabilité.

Minsky s’est particulièrement intéressé aux comportements des agents pendant les périodes d’euphorie économique afin de démontrer que les processus qui génèrent la fragilité financière sont naturels, ou endogènes au système économique. Cet auteur estime que l’économie capitaliste est au mieux conditionnellement cohérente.

Minsky a rejeté le concept d’équilibre de la théorie néoclassique et considérait qu’il existait des périodes de tranquillité caractérisées par un système financier robuste et un niveau d’innovation modéré. Pour Minsky, la stabilité est déstabilisante, car la tranquillité relative encourage la prise de risque et les comportements innovants qui augmentent le chiffre d’affaires des entrepreneurs, même s’ils perturbent le fonctionnement du système financier.

Minsky a classé les débiteurs d’une économie donnée selon trois groupes : les emprunteurs couverts, les emprunteurs spéculatifs et les emprunteurs de type Ponzi[4]. Les emprunteurs couverts sont ceux qui peuvent payer à la fois les intérêts et le principal de leurs dettes grâce à la trésorerie dont ils disposent directement. Les emprunteurs spéculatifs sont ceux dont les revenus couvrent les paiements d’intérêts mais pas le principal ; ils doivent renouveler leurs dettes, en vendant de nouvelles dettes pour rembourser les anciennes. Les emprunteurs de type Ponzi sont les plus instables : leurs revenus ne couvrent ni le principal ni les intérêts. Leur seule option est d’hypothéquer leurs finances futures en empruntant encore plus, en espérant une hausse de la valeur des biens qu’ils ont achetés avec l’argent emprunté.

Selon Minsky, pendant un boom spéculatif, le nombre d’emprunteurs couverts diminue tandis que le nombre d’emprunteurs spéculatifs et de type Ponzi augmente. Les emprunteurs couverts, qui disposent de liquidités grâce à leurs investissements prudents, commencent à prêter aux emprunteurs spéculatifs et de type Ponzi. Le prix des actifs au centre du boom (l’immobilier, par exemple) augmente, incitant tous les emprunteurs à s’endetter encore plus. Au fur et à mesure que le montant de la dette inutilisable augmente, le système se dirige progressivement vers un désastre financier.

Minsky a compris que lorsque les pyramides de dettes commencent à s’effondrer et que le crédit se tarit, des institutions financières, des entreprises et des consommateurs, préalablement  en bonne santé, peuvent se retrouver à court de liquidités et incapables de payer leurs dettes sans vendre des actifs à bas prix. Au fur et à mesure que les gens se précipitent pour vendre leurs actifs, le prix de ces actifs s’effondre, créant un cycle auto-perpétué de ventes à la sauvette, de chute des prix et de nouvelles ventes à la sauvette. À mesure que le niveau de la demande agrégée devient inférieur à l’offre de biens, l’économie au sens large souffre de déflation : chaque jour qui passe, chaque dollar permet d’avoir davantage de pouvoir d’achat que la veille.

Cela semble être une bénédiction, mais pour les débiteurs, c’est une malédiction. Irving Fisher, un économiste spécialiste de la Grande Dépression des années 1930 qui a inventé le terme « déflation de la dette » pour décrire ce processus, a observé que si le prix des biens baisse plus vite que les dettes ne sont réduites, la valeur réelle des dettes privées augmente avec le temps.

En novembre 2013, l’économiste Larry Summers ancien Secrétaire au Trésor des États-Unis et Président du Conseil économique national des États-Unis a prononcé un discours devant le Fonds monétaire international qui a provoqué une onde de choc auprès de l’assistance. Il estimait que les incertitudes persistantes des années post-crise n’étaient pas seulement temporaires après les chocs et que le problème sous-jacent était peut-être là pour toujours.

La pandémie mondiale de Covid-19 a mis en exergue les vulnérabilités de notre modèle socio-économique aux chocs externes. Le virus a pris au dépourvu nos sociétés et a ébranlé nos systèmes économiques de plus en plus interdépendants. Le  système économique et social tel qu’il fonctionne aujourd’hui notamment à travers son impact sur les écosystèmes naturels augmente la probabilité de ce type d’événements et leur vitesse de propagation. La dégradation des environnements nous réservera d’autres crises sanitaires. 

En 2021, pendant la crise de coronavirus, l’inflation a commencé à progresser. La question clé du débat économique consistait à savoir si l’inflation, aux États-Unis, en Europe et dans d’autres économies avancées allait être transitoire ou persistante. Si certains économistes comme Nouriel Roubini ou Larry Summers estimaient que l’inflation allait être persistante, d’autres institutions (la BCE et la FED notamment) considéraient que l’inflation allait être transitoire[5]. En 2022, les banques centrales ont compris que l’inflation allait durer un certain temps et qu’elles devaient ajuster leur politique en passant d’une politique d’assouplissement quantitatif à une politique de resserrement quantitatif caractérisée par une hausse des taux d’intérêt. La question consiste maintenant à savoir si le changement de cap des banques centrales est de nature à générer un atterrissage en douceur ou bien brutal de l’économie pouvant générer une récession et une hausse du taux de chômage.

Les raisons de la hausse de l’inflation dans les économies avancées sont multiples. Du côté de l’offre, la crise sanitaire du Covid-19 a contraint les gouvernements à limiter l’activité économique pour contenir la diffusion du virus ce qui a créer des goulets d’étranglement et réduit le niveau de l’offre et fait augmenter les coûts de production. Le deuxième choc, du côté de l’offre, provient de l’invasion de l’Ukraine par la Russie qui a généré une hausse des prix de l’énergie, du gaz naturel et des métaux utilisés dans l’industrie notamment ainsi qu’une hausse des prix des produits agricoles et des fertiliseurs. Le troisième facteur principal est lié à la fermeture récente des villes chinoises en raison de la poursuite de la politique zéro Covid-19 en Chine qui a eu un impact sur la chaine d’approvisionnement mondiale.

On peut identifier 3 principaux facteurs qui ont conduit à une hausse de la demande : la politique monétaire souple (avec les taux d’intérêts nuls ou même négatifs et l’assouplissement quantitatif) et le fait que cette politique se soit arrêtée trop tard par rapport à la hausse de l’inflation ; la politique budgétaire peu rigoureuse qui s’est traduite par une baisse des taxes, des crédits garantis notamment, des dépenses de transfert et ; l’accumulation de l’épargne des particuliers qui a généré une hausse de la demande.

Les chocs stagflationnistes rendent le travail des banques centrales délicat qui font face à un dilemme et doivent, à présent, faire diminuer l’inflation sans pour autant générer une récession. Les banques centrales doivent rapidement resserrer la politique monétaire ce qui peut générer un atterrissage brutal de l’économie et une récession. Si les banques centrales ne sont pas assez agressives dans le resserrement de la politique monétaire cela peut générer une spirale salaire prix qui peut conduire à une hausse de l’inflation persistante et hors de contrôle.

Les banques centrales indiquent qu’elles vont resserrer la politique monétaire de manière à faire baisser l’inflation sans pour autant causer une récession. Néanmoins, les évidences empiriques suggèrent que lorsque l’inflation est élevée et persistante comme c’est le cas à présent réussir un atterrissage en douceur de l’économie de l’économie est très peu probable. En général, dans ce cas de figure la hausse des taux d’intérêt conduit à un atterrissage brutal de l’économie et à une récession.  Il est davantage probable, selon Nouriel Roubini que nous assistions à un atterrissage brutal de l’économie.

Dès lors, il est probable que les banques centrales se dégonflent et renoncent à resserrer trop fortement la politique monétaire ce qui conduirait alors à une situation de stagflation (forte inflation et faible croissance). En raison des niveaux de dettes (publiques et privées) élevés (par rapport au PIB), met en risque le resserrement de la politique monétaire qui peut créer une récession et pourrait pousser les banques centrales à se dégonfler. Les États-Unis et surtout l’Europe pourraient rentrer en récession et l’épicentre d’une possible récession mondiale à venir pourrait être l’Europe en proie à de grosses difficultés.

L’impact de la crise environnementale sur l’économie sera nettement plus important que ce que la plupart des études macro-économiques estimaient

Dans un ouvrage paru en 1972 « The limits to growth » des chercheurs du MIT (Meadows, Meadows, Randers & Behrens), avaient créé l’un des premier modèles informatiques dynamiques de l’économie mondiale appelé, Word 3. Le but de cette équipe de recherche consistait à explorer toute une gamme de scénarios économiques jusqu’en 2100, en tenant compte de cinq facteurs qui leur semblait déterminer (et limiter) la croissance de la production : population, production agricole, ressources naturelles, production industrielle et pollution. Selon leurs estimations, dans le scénario de statu quo à mesure que la population et la production mondiale augmente, les ressources non renouvelables comme les minerais et les métaux s’épuisent, d’où une chute de la production industrielle et alimentaire ce qui finit par causer une famine, une forte baisse de la population humaine et des niveaux de vie très réduits pour tous.

Kate Raworth (2017) indique que l’analyse des chercheurs du MIT suscita une vive inquiétude quant à l’état de la planète. Les adeptes de l’économie dominante s’empressèrent de tourner ce modèle en dérision, parce qu’il sous estimait la rétroaction équilibrante du prix sur les marchés. Le prix Nobel William Nordhaus notamment s’est montré très critique vis-à-vis de celui-ci, car le modèle World 3, sur lequel il repose, ne comporte pas de fonction de production ni de prix, comme c’est le cas pour les modèles que manipulent habituellement les macroéconomistes[6]. Si, pour ces raisons, Nordhaus récusa les inquiétudes exprimées par Meadows et ses collègues quant à la poursuite de la croissance sur le long terme, il nota cependant que la question du changement climatique est nouvelle et mérite une attention particulière.

Au début des années 1980, William Nordhaus proposa une analyse coût-bénéfice du changement climatique en équilibre partiel : il y a d’un côté des coûts de réduction et de l’autre des bénéfices, mais pas de rétroaction de l’un sur l’autre. Il tâtonne pendant toute cette décennie : chaque modèle successif montre une extension des facteurs économiques pris en compte, jusqu’au modèle final qui présente un monde clos, où toutes les quantités sont soumises aux lois des processus économiques, où tout ou presque devient endogène. Ce modèle, dit DICE pour Dynamic Integrated Model of Climate and the Economy, devient au cours des années 1990 le modèle canonique de l’évaluation intégrée du changement climatique[7].

A côté de William Nordhaus de nombreux économistes ont également évalué les coûts du réchauffement climatique. Plusieurs études ont estimé ce coût dans une fourchette comprise entre 5 et 20 points de PIB à long terme. Emmanuel Pont (2021)[8] synthétise la perte équivalente de PIB estimée par différents auteurs pour un réchauffement de 3°C:

  • 2,1% pour la version 2017 de DICE par Nordhaus qui utilise des estimations de dommages d’autres chercheurs, compilées par Nordhaus et Andrew Moffat ;
  • 10% pour Burke et al. (2015) avec une méthode statistique ;
  • 6,7% pour la méta-analyse de Howard & Sterner (2017), et même 9% en prenant en compte les risques catastrophiques ;
  • 10% en moyenne et 5% en médiane pour le sondage de Howard & Sylvan (2015) ;
  • 10% pour Pindyck (2019) qui interroge aussi des experts.

Plusieurs chercheurs spécialistes de l’environnement considèrent néanmoins que de nombreuses études économiques sous-estiment le coût du réchauffement climatique étant donné que celui-ci est incertain et difficile à estimer. Dans le rapport de Nicholas Stern publié en 2006 par exemple, l’estimation centrale des pertes générées par le réchauffement climatique de plus de deux degrés est de 13,8% du PIB pour l’année 2200, avec un intervalle de confiance de 90% que la perte réelle sera comprise entre 2,9% et 35,2% du PIB. Nicholas Stern avait, quelques années après la publication de son rapport, indiqué que les dommages générés par le changement climatique seraient certainement bien supérieurs…

Selon Eloi Laurent (2021), le changement climatique a le pouvoir de détruire toutes les économies du globe, y compris les plus efficaces, les plus productives les plus développées. Ollivier Bodin (2020) estime que les alertes des scientifiques du GIEC ne correspondent pas aux estimations réalisées par les économistes du coût du changement climatique sur base d’observations passées. La plupart des études économiques relatives à l’estimation du coût du réchauffement climatique ne prennent pas en considération l’ensemble des dommages générés par la dégradation de l’environnement liée à l’activité humaine mis en exergue dans le dernier rapport du GIEC : la perte de la biodiversité, l’épuisement des ressources naturelles, la dégradation des sols et des écosystèmes, le risque accru de pandémies, la montée des eaux, la hausse de l’insécurité hydrique et alimentaire, les inondations, les canicules, les feux de forêt, les cyclones et la dégradation des infrastructures humaines notamment[9]. Le GIEC estime que ces dommages sont difficilement prévisibles et qu’ils devraient progresser dans les prochaines années.

Selon une étude récente, menée par Gaya Herrington, responsable de la durabilité et de l’analyse des systèmes dynamiques au sein du cabinet comptable KPMG, publiée dans le Yale Journal of Industrial Ecology, les résultats des auteurs du livre « The limits to growth » vivement critiqués à l’époque,  s’avèrent en fait très proches de la réalité. Pour obtenir ces résultats, Gaya Herrington  et son équipe ont comparé les projections de 1972 avec les données actuelles réelles et tangibles du développement économique et de l’extraction des ressources. Ces auteurs ont pris en compte un ensemble de dix variables clés : la population, les taux de fertilité, les taux de mortalité, la production industrielle par tête (mesurée par la formation brute de capital fixe par tête), la production alimentaire, les services par tête, les ressources non renouvelables, la pollution persistante, le bien-être humain (mesuré par l’indice de développement humain) et l’empreinte écologique.

Gaya Herrington et son équipe estiment que les scénarios les plus probables sont ceux appelés « BAU2 » (business-as-usual) et « CT » (comprehensive technology). Les scénarios BAU2 et CT conduisent à un arrêt de la croissance aux alentours de 2040, selon cette étude qui met en cause le système de production capitaliste mondialisé. Les deux scénarios indiquent donc que le maintien du statu quo, c’est-à-dire la poursuite d’une croissance économique continue, n’est pas possible. Même associé à un développement et à une adoption technologiques sans précédent, le business as usual tel que modélisé conduirait inévitablement à un déclin du capital industriel, de la production agricole et des niveaux de bien-être au cours de ce siècle. Dans le scénario BAU2, la production industrielle baisse de 85 % entre 2040 et 2100. Dans le scénario CT la production industrielle baisse de 40 % entre 2040 et 2100.

Sans changements majeurs dans les priorités sociétales, il est peu probable d’atteindre le scénario SW (pour sustainable wordl) dans lequel la production industrielle serait stabilisée aux alentours de 2040 mais plus nous attendons plus nous nous écartons de ce scénario. Les mobilisations sociales et environnementales, la prise de conscience ces dernières années et notamment des jeunes générations sont toutefois, un facteur d’optimisme pour Gaya Herrington.

L’économie a d’abord voulu imiter la physique, mais elle a ensuite tout oublié des lois de la physique, comme le montrent les « meilleurs » modèles de l’économie du climat qui préconisent tranquillement un réchauffement optimal de 3,5 degrés à la fin du siècle, au mépris des véritables sciences du climat selon Eloi Laurent (2021). James Boyce (2020) montre que l’augmentation de la température moyenne mondiale qui accompagnerait le prix « optimal » du carbone recommandé par le modèle de Nordhaus (dit « DICE ») est égal de 3,5 °C d’ici à 2100 et continue de s’élever ensuite.  Le modèle DICE préconise donc une température supérieure du double de celle du consensus scientifique patiemment élaboré depuis plus de quatre décennies par des modèles qui se sont révélés visionnaires.

Dans une étude récente, Nicholas Stern, Joseph Stiglitz & Charlotte Taylor (2022) estiment que la méthodologie particulière employée dans le cadre des modèles d’évaluation intégrés (tels que le modèle DICE de William Nordhaus), qui sont aujourd’hui les modèles qui dominent la littérature économique, présentent de sérieuses lacunes, qui deviennent particulièrement pertinentes lorsqu’on confronte ces modèles aux réalités et aux risques immenses générés par le changement climatique. Ces modèles sous-estiment l’incertitude profonde et les conséquences que pourrait générer le changement climatique en termes de pertes potentielles de vies humaines et de moyens de subsistance. Ces lacunes limitent la capacité de ces modèles à fournir des orientations adéquats s’agissant de la façon la plus appropriée d’atteindre les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ces auteurs estiment que les politiques économiques se doivent d’être davantage agressives s’agissant de la lutte contre le réchauffement climatique que ce que préconscient les modèles d’évaluation intégrés.

D’après Eloi Laurent (2021), les économistes n’attachent pas assez d’importance aux questions environnementales. Quand ils s’en soucient, c’est souvent pour en minimiser la portée et proposer pour atténuer les crises écologiques contemporaines des remèdes qui les aggravent, comme l’accélération de la croissance économique, la monétarisation des bienfaits écosystémiques, la minimisation de la valeur de dommages ou l’exagération du coût des solutions.

Henri de Castries alors président d’Axa, premier assureur mondial, avait expliqué à la veille de la COP21 en 2015, qu’un monde à +2 °C pourrait encore être assurable, un monde à 4 °C ne le serait certainement plus. A présent, certains assureurs se désengagent de certaines zones qu’ils considèrent trop à risques, alors que le réchauffement des températures moyennes n’est que +1,2 °C. En Allemagne, après les inondations historiques de 2021, les assureurs ont prévenu que si rien n’est fait pour limiter un réchauffement à +2 °C, l’assurance ne sera plus possible[10].

Bien que les organismes d’assurance, se protègent contre le risque climatique, à l’actif et au passif de leurs bilans, un réchauffement climatique supérieur à deux degré pourrait entrainer une dégradation du compte de résultats des sociétés d’assurance et pousser beaucoup de ces sociétés vers la faillite. Beaucoup de sociétés seraient alors dans l’obligation de vendre les titres financiers dont elles disposent à l’actif de leur bilan ce qui exercerait une pression à la baisse sur la valeur des titres financiers. Les primes collectées par les assureurs représentent environ 6 % du PIB mondial[11]. Un effondrement partiel ou total du secteur de l’assurance aura des conséquences importantes sur le secteur financier. Le secteur de l’assurance ne sera pas le seul secteur à être endommagé par la crise climatique dans les prochaines années.

Les dommages générés par la hausse des températures et la dégradation de l’environnement (perte de la biodiversité, épuisement des ressources naturelles, incendies, montée des eaux…) risquent de détruire la valeur de certains actifs jusqu’à atteindre un moment Minsky[12]. La sur-exploitation des ressources aura généré de l’inflation des actifs tandis que la crise climatique conduira ensuite à l’effondrement de certains secteurs tout en créant de la déflation une situation analogue à celle de la Grande Dépression des années 1930 et de la crise des prêts subrpimes de 2007-2008.

Dans le cadre d’une étude publiée en 2022 dans la revue scientifique PNAS[13], plusieurs auteurs  (Luke Kemp, Chi Xu, Joanna Depledge, Kristie L. Ebi, Goodwin Gibbins, Timothy A. Kohler, Johan Rockström, Marten Scheffer, Hans Joachim Schellnhuber, Will Steffen, & Timothy M. Lenton) rattachés notamment à l’université de Cambridge et au MIT, estiment que le changement climatique peut aller jusqu’à générer l’effondrement de la société voire même l’extinction et que la plupart des études n’examinent pas ces sujets de façon sérieuse.

Ces auteurs considèrent que les crises mondiales ont tendance à se produire par le biais de telles « défaillances synchrones » qui se renforcent et se propagent à travers les pays et les systèmes, comme ce fut le cas dans le cas de la crise financière mondiale de 2007-2008. Il est plausible qu’un changement soudain de climat puisse déclencher des défaillances systémiques qui déstabilisent les sociétés du monde entier. Les sociétés humaines présentent des vulnérabilités aux cascades de risques déclenchées par le changement climatique, comme les conflits (y compris nucléaires), l’instabilité politique et les risques financiers systémiques.

Les impacts en cascade et les conséquences extrêmes de la forte hausse des températures sont sous-examinés dans la littérature. Selon ces auteurs, il existe peu d’estimations quantitatives des impacts globaux d’un réchauffement de 3 °C ou plus. Ces auteurs constatent que le GIEC tend à concentrer ses recherches sur les impacts générés par une augmentation de la température de 2 °C ou moins.

Selon Simpson et al. (2021), les évaluations des risques générés par le changement climatique devraient prendre en considération la façon dont les risques se propagent, interagissent, s’amplifient et sont aggravés par les actions humaines. Même les études qui analysent les « risques composés » des facteurs climatiques en tenant compte des interactions entre les différents risques n’examinent pas suffisamment les conséquences de ces interactions. Pourtant, c’est ainsi que les risques se manifestent dans le monde réel. L’apparition d’un cyclone, par exemple, va détruire une infrastructure électrique, laissant une population vulnérable à la vague de chaleur mortelle qui s’ensuit (Matthews, Wilby, & Murphy, 2019). Comme le souligne le GIEC dans le deuxième volet de son sixième rapport, les risques climatiques deviennent plus complexes et plus difficiles à gérer, et se répercutent en cascade sur les régions et les secteurs.

Nicholas Stern, Joseph Stiglitz & Charlotte Taylor (2022) soulignent que le changement climatique nous entraîne en terrain inconnu. Selon ces auteurs, nous ne savons pas déterminer de façon précise comment la hausse des émissions de gaz à effet de serre affectera l’économie, tout simplement parce que notre économie n’a jamais connu, du vivant de l’homo sapiens, quelque chose de semblable à ce que nous sommes susceptibles de rencontrer. Lynas (2020) estime que les dommages générés par le changement climatique seront probablement non linéaires voire même exponentiels.

Il existe des rétroactions dans le cycle du carbone et des points de basculement climatiques[14] susceptibles de générer des concentrations élevées de gaz à effets de serre (Masson-Delmotte et al. (2021)) qui sont souvent absents des modèles. Seuls quelques modèles d’évaluation intégrés récents tiennent compte de l’impact que pourraient avoir les points de basculement (Cai et al 2016 ; Grubler et al. 2018 ; Yumashev et al. 2019 ; Dietz et al., 2021). La « cascade de basculement », dans laquelle plusieurs aspects du basculement climatique interagissent de telle sorte que le dépassement d’un seuil augmente la probabilité de basculement d’un autre seuil, est particulièrement inquiétante selon Klose,  Wunderling, Winkelmann, & Donges (2021).

Le changement climatique pourrait déclencher directement d’autres risques majeurs, tels que des conflits internationaux. Même si la dissuasion nucléaire s’exerce, il existe, selon Jean-Michel Valentin, des risques de de conflits liés à l’accès à l’eau potable dans l’Himalaya entre trois puissances nucléaires : la Chine, l’Inde et le Pakistan[15]. Les armes nucléaires ont le pouvoir de détruire plusieurs fois la planète entière. En cas de conflit nucléaire majeur et d’hivers nucléaire, le PIB mondial serait égal à zéro.

Kemp et al. (2022) concluent que l’analyse des mécanismes à l’origine de ces conséquences extrêmes générées par le changement climatique pourrait contribuer à galvaniser l’action (pour empêcher le pire de se produire) et à améliorer la résilience.

Connaître les pires cas peut inciter à l’action, comme ce fut le cas en 1983, lorsque la prise de conscience  d’un possible hiver nucléaire généré par un conflit nucléaire a galvanisé l’inquiétude du public et les efforts en faveur du désarmement nucléaire. L’exploration des risques graves et des scénarios de températures plus élevées pourrait cimenter un réengagement permettant de ne pas dépasser la barrière de sécurité de 1,5 °C à 2 °C (Jordan et al. (2013)).

Dans un livre publié cette année, Bill McGuire, professeur émérite de risques climatiques à l’université de Londres estime que nous avons dépassé le point de non-retour et qu’il est peu probable que nous évitions une crise climatique périlleuse et omniprésente[16].  Pour respecter les accords de Paris et ne pas dépasser 1,5 °C de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle, les émissions mondiales de CO2 devront être réduites de 45 % d’ici 2030. Bill McGuire, McGuire estime que cela est impossible étant donné que nous sommes actuellement sur une trajectoire d’augmentation de 14% des émissions de gaz à effet de serre d’ici cette date.

La situation géopolitique pourrait nous conduire encore davantage vers l’effondrement

Bien qu’il y ait des actuellement des facteurs de stagflation à court terme, il y aussi un certain nombre de facteurs qui génèrent de la stagflation à moyen terme en réduisant la croissance potentielle et en augmentant les coûts de production estime Nouriel Roubini :

  • La démondialisation et le protectionnisme ;
  • Le passage d’une industrie low cost à une industrie high cost ;
  • Le vieillissement de la population (étant donné que les personnes âgées produisent moins qu’elles ne dépensent contrairement aux jeunes)
  • Les restrictions à l’immigration ;
  • Le réchauffement climatique qui va conduire à une hausse du prix des aliments ;
  • Les prochaines pandémies ;
  • Les guerres cybernétiques qui forcent les entreprises à investir et à accroître leurs coûts de production pour éviter ce type de guerres ;
  • Les clashs liés aux inégalités ;
  • La rivalité entre les États-Unis et la Chine et les risques de conflits géopolitiques entre les pays occidentaux, la Chine, la Russie, la Corée du Nord et l’Iran notamment.

Nous rentrons dans une période où les risques de stagflation sont importants. À chaque élection présidentielle américaine, le National Intelligence Council (NIC), la cellule en charge de l’analyse prospective au sein de la CIA, fournit un rapport au président américain sur le monde du futur. Le rapport intitulé « Un monde plus contesté » remis au Président américain Joe Biden au moment de son investiture en 2021 alerte principalement sur les conséquences du dérèglement climatique[17]. Les auteurs y listent les effets sur le long terme du réchauffement climatique sur notre planète. Contrairement à aujourd’hui où seulement certains pays sont concernés par ces problématiques, personne ne sera épargné. Autour des années 2030, les effets physiques du réchauffement climatique devraient se faire sentir avec une hausse constante des températures qui s’accompagnera de sécheresses extrêmes, d’inondations et de tempêtes.

Alors que le décalage entre les gouvernements et les peuples se creuse de plus en plus, une rupture pourrait amener dans le pire des scénarios possibles à un soulèvement massif et sans précédent. La tendance la plus certaine pour les prochaines années reste la démographie. Si nous avons aujourd’hui l’impression d’être nombreux sur Terre, nous serons surtout très âgés en 2040. La croissance de la population mondiale ralentissant, certains pays notamment en Europe et en Asie de l’Est verront leur population vieillir plus vite que la moyenne, ce qui pèsera sur leur croissance économique.

Sur les cinq grands scénarios abordés dans le rapport, trois proposent une issue relativement positive. Un premier imagine une coopération mondiale autour des défis climatiques et économiques qui permet d’éviter des conflits. Un deuxième propose un partenariat entre la Chine et l’Union européenne avec pour même objectif que le précédent scénario : la lutte en commun contre les catastrophes climatiques qui touchent tous les pays et qui ont amené à une crise alimentaire mondiale. Un dernier scénario “positif” propose une réconciliation entre les démocraties et les peuples. Les tensions sociétales s’apaisent grâce à une confiance du public retrouvée envers les institutions démocratiques.

Deux autres hypothèses, cette fois beaucoup plus pessimistes, sont imaginées. La CIA propose un scénario contraire au précédent où les pays de l’OCDE se retrouvent en proie à une croissance économique en berne et une montée des divisions sociétales toujours qui amènent à différentes instabilités dans le monde. Le dernier scénario est le plus sombre d’entre tous. Dans celui-ci, le monde se retrouve fragmenté en plusieurs blocs économiques et sécuritaires notamment entre différents continents. Leurs priorités seront tournés vers l’autosuffisance et la défense, laissant de côté un problème pourtant global : le climat.

Tim Jackson (2021) estime que l’explosion des liquidités a permis de faire revenir la croissance économique pendant un certain temps. Néanmoins ces bénéfices ont surtout profité aux populations aisées. La protection des intérêts du capital au détriment des travailleurs a inévitablement fait augmenter les inégalités. La déréglementation et la hausse des inégalités ont conduit à la crise des subprimes. Pour les capitalistes les salaires sont un coût de production, un frein au profit que l’on peut tirer d’une entreprise. Tim Jackson souligne que dans le système capitalisme actuel, un élément clé permet d’apprivoiser le conflit entre le capital et le travail. Il découle du concept de productivité du travail. Puisque le travail est un coût de production et que les capitalistes sont motivés par le profit, ils auront tendance à faire tout ce qu’ils peuvent pour augmenter la productivité du travail (c’est-à-dire réduire le coût du travail).

Dans la mesure ces efforts sont couronnés de succès, les économies de coûts qui en résultent peuvent être distribuées dans diverses directions. Une partie des bénéfices peut aller aux travailleurs, par le biais de la réduction des heures de travail. D’autres peuvent aller aux actionnaires, sous la forme de dividendes plus élevés. D’autres peuvent être répercutés par les consommateurs sous la forme d’une baisse du coût du produit. Certains peuvent être utilisés pour financer des investissements dans de nouvelles technologies qui augmenteront encore la productivité du travail à l’avenir. Lorsque la productivité du travail augmente, toutes ces choses sont possibles. Ce cercle vertueux est la solution au dilemme de Rosa Luxemburg. L’augmentation des salaires est ce qui permet l’expansion du profit. Lorsque la productivité du travail stagne, la masse salariale relative augmente et les marges des entreprises sont comprimées. Les salaires, les prix à la consommation et les investissements entrent en concurrence les uns avec les autres.

La question cruciale est de savoir comment la politique doit réagir à cette réalité pas si nouvelle. Au cours des dernières décennies, le capitalisme a eu une réponse très spécifique. Confrontés à une baisse des rendements, les producteurs et les actionnaires ont systématiquement protégé les profits en réduisant la rémunération du travail. Les gouvernements ont encouragé ce processus par une politique monétaire laxiste, une mauvaise surveillance réglementaire et de l’austérité fiscale. Le résultat de ces politiques a conduit de nombreux travailleurs à voir leurs salaires baisser ou stagner. La société s’est polarisée et la détérioration de la situation sociale, constitue aujourd’hui une menace pour la stabilité de démocratie.

Selon Daron Acemoglu, Professeur d’économie au MIT[18], le salaire réel des personnes ayant un diplôme universitaire, aux États-Unis, a augmenté au cours des 30 dernières années alors que le salaire réel des personnes n’ayant pas de diplôme universitaire a diminué (d’environ 15 à 20 %) au cours de cette période. Dans les pays comme la France, le pouvoir d’achat des personnes peu qualifiées ne diminue pas grâce au système social mais les travailleurs peu qualifiés sont désavantagés par rapport aux travailleurs plus qualifiés.

Pour certaines analystes, l’automatisation de la production et l’utilisation des technologies sont la principale explication de cette évolution. Selon Daron Acemoglu, cette vision est sous-estime la transformation sociale qui a eu lieu dans les pays avancés ainsi que les choix technologiques qui ont été faits. Depuis les années 1980, le travail a été considéré comme un coût et non comme une ressource, ce qui a poussé les entreprises à réduire les salaires. Aujourd’hui le travail est assujetti à une fiscalité beaucoup plus forte que celle du capital. Les entreprises ont une forte incitation à optimiser leurs coûts et à réduire les emplois peu qualifiés en raison de cet écart de taxation. Il faut augmenter la taxation du capital et faire en sorte que la technologie crée plus d’emplois qualifiés selon Daron Acemoglu.

Plusieurs personnalités du monde des affaires estiment à présent que les pressions à la fois sociales et écologiques doivent conduire à un rééquilibrage de la fiscalité au détriment du capital et en faveur du travail. Il faudra sans doute, selon Patrick Artus, procéder à des hausses d’impôts qui porteront inexorablement sur le capital et les revenus du capital. Il faudra également probablement taxer davantage les entreprises afin de financer les pertes de pouvoir d’achat à venir.

Yves Perrier[19] (Président du Conseil d’administration Amundi) estime, quant à lui, que l’inflation est structurelle et durable. En plus de la hausse des prix de l’énergie et du déséquilibre entre l’offre et la demande, il y a deux autres facteurs à prendre en considération : la fin d’une globalisation de la production et le coût de la transition énergétique. Bien que l’on ne soit pas rentré, en Europe, dans une boucle prix-salaire et qu’il soit nécessaire de la retarder, il convient aussi d’augmenter les salaires et le revenu réel des plus modestes. L’inflation n’affecte pas tout le monde de la même façon. Certains ménages consomment la totalité de leurs revenus tandis que d’autres ont la possibilité d’épargner. Il est nécessaire d’adopter des politiques salariales qui soient très différenciés selon les catégories sociaux professionnelles. Depuis une quarantaine d’années nous avons vécu dans un contexte de baisse des taux d’intérêts continue et une permanente importation de désinflation provenant des pays émergents. Nous sommes en train de sortir de ce cycle. Les taux d’intérêt devraient remonter ce qui fait qu’il aurait moins d’inflation des actifs financiers (actions, obligations, immobilier…) par rapport à ce qu’il y eu dans la période récente.

Yves Perrier estime qu’il est nécessaire, pour lutter contre l’inflation et avancer dans la transition vers une économie bas carbone, de faire des efforts pour que la richesse soit mieux répartie en diminuant les taux de rendements du capital.

Dans le cadre d’une étude réalisée auprès d’un panel de 40 000 personnes dans 20 pays explique certaines raisons Antoine Dechezleprêtre, Adrien Fabre, Tobias Kruse, Bluebery Planterose, Ana Sanchez Chico, & Stefanie Stantcheva (2022) montrent que les citoyens sont très préoccupés par le changement climatique et qu’ils favorables à l’action des gouvernements en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Les gouvernements qui pourtant, ont fixé des objectifs climatiques conséquents éprouvent des difficultés à les mettre en œuvre.

Selon cette étude, les citoyens tendent à soutenir les politiques qui sont perçues comme étant à la fois efficaces et progressistes (c’est-à-dire financées surtout par les ménages dont les revenus sont élevés). Selon ces auteurs, le fait d’expliquer la façon dont une politique donnée permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de montrer que cette politique est progressive augmente le soutien populaire apporté à la politique en question.

Dans le troisième volet du sixième rapport sur le changement climatique, les experts du GIEC estiment que les progrès en matière d’alignement des flux financiers sur besoins nécessaires pour atteindre la neutralité carbone restent lents. Il existe un déficit de financement climatique qui reflète une mauvaise répartition persistante des capitaux mondiaux. La mise en œuvre relativement lente des engagements pris par les pays et les parties prenantes du système financier en vue d’accroître le financement en faveur du climat reste insuffisante par rapport au besoin urgent d’une action climatique ambitieuse selon les experts du GIEC. Les retards que nous sommes en train de prendre par rapport aux besoins d’investissements en faveur du climat qui permettraient de respecter l’accord de Paris, entraîneront d’importantes séquestrations de carbone, des actifs échoués et d’autres coûts supplémentaires.

Si les gouvernements ont été terriblement lents à imposer la réglementation prudentielle nécessaire pour accélérer ces changements, Tim Jackson (2021) soutient que certains actionnaires (et les gestionnaires de fonds) commencent déjà à exercer leur pouvoir pour rejeter les entreprises qui nuisent à l’environnement, exploitent la main-d’œuvre de la chaîne d’approvisionnement ou négligent la bonne gouvernance. Les investisseurs éthiques et durables commencent à exiger que leur argent serve le bien commun.

Si certaines évolutions récentes vont dans la bonne direction, l’action des décideurs, les comportements des acteurs économiques en matière de lutte contre le réchauffement climatique tout comme le rythme de réduction des émissions de gaz à effet de serre restent encore trop faibles.

Aux États-Unis, la loi sur la réduction de l’inflation de 2022 (Inflation Reduction Act of 2022) allouera 370 milliards de dollars pour réduire les émissions de gaz à effet de serre des États-Unis et investir dans les sources d’énergie renouvelables – un montant important qui, selon les scientifiques, entraînera des réductions nettes de 40 % d’ici à 2030, par rapport aux niveaux de 2005[20].

Plusieurs semaines avant ce vote, la Cour suprême, composée de six juges conservateurs et trois progressistes, a restreint les moyens de l’Etat fédéral dans la lutte contre le réchauffement climatique en limiter les prérogatives de l’Agence pour la protection de l’environnement qui met en place des standards environnementaux à l’échelle nationale[21].

L’Union européenne, peine à mettre pleinement en application son green deal qui a été adopté en janvier 2020 et qui prévoit une baisse de 55 % des émissions de gaz de gaz à effet de serre d’ici à 2030 par rapport au niveau de 1990. Selon certains scientifiques, cette baisse importante du niveau d’émissions de gaz à effet de serre reste toutefois insuffisante pour respecter les accords de Paris[22].

La situation géopolitique aujourd’hui est inquiétante et pourrait nous conduire un peu plus vers l’effondrement. Une victoire de la Russie et un retour de Donald Trump à la tête des États-Unis au mépris de la démocratie (comme il a essayé de le faire en 2020) nous conduira tout droit vers l’effondrement dans les prochaines années. Une défaite de la Russie pourrait aider au développement de la démocratie en Russie et à accélérer la transition vers une économie bas carbone dans ce pays qui n’accorde pas assez d’importance à la lutte contre le réchauffement climatique.

En raison des tensions entre la Chine d’une part, les Etats-Unis et Taiwan d’autre part, le ministère chinois des Affaires étrangères a récemment annoncé son intention de « suspendre les négociations sino-américaines sur le changement climatique ».[23]

Conclusion : croissance verte, effondrement, décroissance ou stabilisation ?

Dans l’état actuel des choses, un effondrement du système économique semble probable et la survenance d’une ou plusieurs cirses financières dans les prochaines années semble difficilement évitable.

L’analyse des données et de la situation actuelle suggère que le scénario de croissance verte semble peu probable. Comme le souligne Tim Jackson (2017), il est pratiquement impossible d’envisager des scénarios viables d’atténuation du réchauffement climatique dans lesquels la croissance du PIB se poursuivrait indéfiniment. Il existe de nombreuses preuves que l’intensité en carbone du PIB mondial a diminué de plus d’un tiers depuis le milieu des années 1960. Ce type de découplage relatif ne suffit toutefois pas à lui seul de permettre à la croissance du PIB de se poursuivre éternellement selon l’analyse de Tim Jackson (2021). 

D’après Hickel & Kallis (2020), il est très peu probable que le découplage entre le PIB et les émissions de gaz à effet de serre soit réalisé à un rythme suffisamment rapide pour empêcher le réchauffement climatique de dépasser la limite de 1,5°C ou 2°C, même dans des conditions politiques optimistes.

Selon Joachim Peter Tilsted, Anders Bjørn, Guillaume Majeau-Bettez & Jens Friis Lund (2021), le rythme de découplage entre la croissance du PIB et les émissions de carbone dans les plus performants (les pays nordiques, dont le Danemark notamment), reste à l’heure actuelle insuffisant pour leur permettre d’atteindre une « véritable croissance verte ».

Un scénario de décroissance organisée, qui serait moins douloureux que l’effondrement économique et sociétal vers lequel nous risquons de nous diriger,  semble difficilement réaliste. Dans le système actuel et en raison de la loi d’Okun, une baisse du PIB se traduit par une hausse du chômage. Pour que la décroissance organisée  puisse fonctionner et qu’elle ne fasse pas exploser le chômage, une réduction du temps de travail est nécessaire. Selon Fontana & Sawyer (2015), il est possible d’atteindre des niveaux d’emploi élevés même en l’absence de croissance en réduisant le nombre moyen d’heures de travail, en déplaçant l’emploi vers des secteurs à forte intensité de main-d’œuvre et/ou en réorientant le changement technologique pour augmenter la productivité des ressources plutôt que celle du travail.

Giorgos Kallis, Vasilis Kostakis, Steffen Lange, Barbara Muraca, Susan Paulson, & Matthias Schmelzer (2018) estiment que la croissance économique a longtemps été le principal mécanisme de stabilisation dynamique des sociétés modernes et capitalistes. La fin de la croissance économique sans transformation sociale entraînerait une déstabilisation. Selon ces auteurs la croissance perpétuelle est écologiquement limitée et, selon toute vraisemblance, désastreuse. La décroissance planifiée est politiquement improbable, compte tenu des intérêts et des rapports de force établis. Une variante autoritaire et plus inégalitaire du capitalisme est susceptible d’émerger suite à l’arrêt de la croissance, à moins que les forces sociales ne s’organisent politiquement pour produire des alternatives plus démocratiques. Ces auteurs estiment qu’il est possible de stabiliser nos économies même en l’absence de croissance si les institutions monétaires, fiscales, en charge du travail et du bien-être de base sont transformées (si les heures de travail sont réduites, de nouveaux investissements dans les secteurs décarbonés permettent de compenser le désinvestissement dans les secteurs carbonés, si la redistribution de la richesse est assurée, et si la croissance des biens relationnels permet de compenser le déclin des biens matériels).

La décroissance a tout comme la croissance a aussi besoin du découplage entre le PIB et les émissions de gaz à effet de serre pour espérer atteindre la neutralité carbone dans les prochaines années. En 2009, les émissions mondiales de C02 ont baissé de 1,1 % alors que le PIB baissait de 1,3 %. 

Pour que la décroissance puisse fonctionner et que les classes moyennes et populaires ne perdent pas de revenus, il faudrait un transfert de valeur massif des classes riches vers les classes moins favorisées ce qui dans le contexte actuel semble peu probable. Dans le cadre des négociations internationales, les pays du sud mettent en avant leur droit au développement et précisent qu’ils ne souhaitent pas renoncer à la croissance. Pour que la décroissance puisse fonctionner il faudrait que les pays du nord acceptent de voir leur PIB baisser de manière conséquente pour permettre d’absorber la croissance du PIB dans les pays du sud. Cela semble également assez irréaliste.

La polarisation et la situation géopolitique accroissent le risque d’effondrement. Afin d’atténuer les tensions sociales et écologiques, certains économistes et plusieurs personnalités du monde des affaires commencent à estimer qu’une baisse (hausse) de la rentabilité (fiscalité) du capital est inévitable.

Le rapport de la CIA remis au Président américain Joe Biden en 2021 alerte principalement sur les conséquences du dérèglement climatique. Dans le pire des cinq scénarios étudiés, le monde se retrouverait fragmenté en plusieurs blocs économiques et sécuritaires. Leurs priorités seront tournés vers l’autosuffisance et la défense, laissant de côté un problème pourtant global : le climat. Ce scénario serait sans doute une étape intermédiaire à l’extinction de l’humanité. La situation actuelle aux États-Unis, en Russie et dans d’autres pays, laisse suggérer que ce scénario est malheureusement probable.

Ces analyses montrent que l’architecture de notre système économique n’est plus adaptée aux enjeux de demain.

On ne pourra sans doute pas éviter d’autres crises économiques générées cette fois ci par le réchauffement climatique et la dégradation des ressources naturelles qui auront un impact conséquent sur les sociétés humaines. Néanmoins, nous pouvons dès à présent anticiper œuvrer à commencer à améliorer notre résilience, rendre notre système économique stable et soutenable et préparer l’économie de demain.

Les politiques économiques devraient consister à lutter massivement contre le réchauffement climatique et œuvrer à la stabilisation de l’économie. Ces politiques devraient viser à placer l’humanité dans l’espace à la fois écologiquement sûr et socialement juste ayant la forme d’un Donut décrit dans les travaux de l’économiste britannique Kate Raworth. Un travail important reste à faire pour cela, alors que nous avons déjà transgressé 6 des 9 limites planétaires : celles du changement climatique ; de la reconversion des terres ; de la charge en azote et en phosphore ; de la perte de la biodiversité[24], la limite de la  pollution chimique et la limite du cycle de l’eau douce.

Le scénario qu’il semble préférable de privilégier pour l’humanité est celui du monde soutenable comme le soutient Gaya Herrington dans le cadre de son étude sur la mise à jour du rapport Meadows, Meadows, Randers & Behrens sur les limites de la croissance.

Dans le premier article que j’ai publié sur ce blog et sur celui de l’ONG Greentervention, je soutenais qu’il nous faut à présent construire une science économique qui soit à la hauteur des enjeux actuels. Je montrais notamment dans cette note, certaines limites de la comptabilité nationale et du PIB et précisais qu’il nous faut construire des indicateurs adaptés à la situation actuelle comme l’ont commencé à faire Tim Jackson & Peter Victor (2020) notamment.

Les politiques économiques et le modèle vers lequel nous devons aller devraient œuvrer à réconcilier les démocraties et les peuples. Dans un monde où la croissance du PIB et de la productivité est de plus en plus faible, il est difficile de résoudre le problème de la polarisation avec nos outils financiers actuels. Comme le soulignent Jacques Richard et Alexandre Rambaud (2020), les normes comptables IFRS telles qu’elles fonctionnent actuellement sont un frein important à la transition vers une économie bas carbone. La mise en place et l’adoption par les entreprises d’une triple comptabilité « CARE » (« comptabilité adaptée au renouvellement de l’environnement »), qui vise à mettre sur un pied d’égalité le capital financier et les deux autres composantes de toute activité économique : le capital humain (le personnel qui investit sa force de travail) et le capital naturel (toutes les choses qui rendent la vie humaine sur Terre possible) permettraient de rendre notre modèle économique stable et soutenable.

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[1] https://www.nasdaq.com/articles/new-imf-chief-georgieva-warns-of-synchronized-slowdown-in-global-growth-2019-10-08

[2] La taille de la finance définie la finance comme l’ensemble des crédits, des obligations, de la capitalisation boursière et de la masse monétaire M2 est passée d’environ 290 % du PIB en 1990 à environ 500 % du PIB en 2018 dans les pays de l’OCDE selon Patrick Artus (2019).

[3] La masse monétaire correspond à la somme des circulations fiduciaires hors banque, des dépôts à vue autres que ceux du gouvernement central, des dépôts d’épargne à terme et des dépôts en devise étrangère des secteurs résidents autres que le gouvernement central, les chèques de banque et de voyage, ainsi que d’autres titres comme les certificats de dépôt et les billets de trésorerie.

[4] Source : Nouriel Roubini, 2010.

[5] Source : intervention de Nouriel Roubini à la conférence AIM Summit. https://www.youtube.com/watch?v=DAhmYnjMPJE,

[6] Source : Vivien (2018) : https://www.cairn.info/revue-natures-sciences-societes-2018-4-page-381.htm

[7] Source : Antonin Pottier (2017)

[8] Source : Emmanuel Pont (2021) : https://medium.com/enquetes-ecosophiques/%C3%A9conomie-du-climat-o%C3%B9-en-est-on-depuis-nordhaus-d61b8ba317d0

[9] Le deuxième volet du sixième rapport du GIEC identifie 127 risques générés par la dégradation de l’environnement liée à l’activité humaine.

[10] https://www.novethic.fr/actualite/environnement/climat/isr-rse/rechauffement-climatique-un-monde-a-2-c-n-est-deja-plus-assurable-150028.html

[11] Source : https://assureurpro.com/economie-assurance/.

[12] Lorsqu’il n’y a plus de croissance ou que la valeur des actifs se réduit fortement, les dettes des investisseurs finissent par les étrangler devenant supérieures à la valeur des actifs.  Les investisseurs réduisent alors leurs investissements et sont contraints de vendre leurs actifs financiers pour rembourser leurs dettes. La revente des actifs provoque alors un retournement des marchés financiers et une crise financière. Source : Minsky H. (1986). Stabilizing an unstable economy.

[13] https://www.pnas.org/doi/10.1073/pnas.2108146119

[14] Un point de basculement climatique correspond à un changement irréversible du système climatique. Ces points de basculement sont notamment,  le dépérissement de la forêt amazonienne et boréale, la fonte du pergélisol, la fonte de la calotte glacière du Groenland, la perte de glace dans l’arctique, le dérèglement de la mousson indienne… 

[15] Source : https://www.youtube.com/watch?v=xb7nXxSHKHg&t=2021s

[16] Source : https://www.theguardian.com/environment/2022/jul/30/total-climate-meltdown-inevitable-heatwaves-global-catastrophe

[17] Source : https://www.vice.com/fr/article/dyvvky/on-a-vraiment-lu-le-rapport-de-la-cia-sur-letat-du-monde-en-2040

[18] Intervention de Daron Acemoglu à la conférence « Sauver le bien commun », mai 2021.

[19] Intervention d’Yves Perrier à la conférence Common Good Summit – Sauver le bien commun, mai 2022

[20] Source : https://www.theguardian.com/us-news/2022/aug/09/us-climate-bill-fossil-fuel-harm-environment-biden?CMP=Share_iOSApp_Other&s=09

[21] Source : https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/crise-climatique/etats-unis-la-cour-supreme-limite-les-moyens-de-l-etat-federal-de-lutter-contre-le-rechauffement-climatique_5229094.html

[22] https://www.france24.com/fr/europe/20201211-l-union-europ%C3%A9enne-se-fixe-de-nouveaux-objectifs-de-r%C3%A9duction-d-%C3%A9missions-de-gaz-%C3%A0-effet-de-serre

[23] Source : https://www.msn.com/fr-fr/actualite/monde/climat-la-fin-de-la-coop-c3-a9ration-sino-am-c3-a9ricaine-c2-ab-est-une-catastrophe-c2-bb-estime-fran-c3-a7ois-gemenne-membre-du-giec/ar-AA10rldc

[24] La concentration du dioxyde de carbone dépasse à présent de loin la limite de 350 parties par million (ppm) : elle dépasse 400 ppm et elle continue à augmenter ce qui nous pousse vers un climat plus sec et plus hostile, accompagné d’une hausse du niveau des océans qui menace l’avenir des îles et des villes côtières du monde entier. Seul 62% des terres qui pourraient être boisées sont encore couvertes de forêt, et cette même cette superficie continue de diminuer. La perte de la biodiversité est d’une ampleur plus grave encore.

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